L’histoire du bébé mort à Sousse dans l’hôpital de Farhat Hached a suscité beaucoup de remous et de polémique tant sur la toile qu’au sein des autorités et secteurs concernés. Beaucoup de questions ont été d’ailleurs posées sur la procédure de réanimation et d’annonce de décès en Tunisie. Comment cela se passe-t-il en temps normal ? Quand parle-t-on de grand prématuré viable ? Qui annonce le décès d’un patient ? Femmes de Tunisie a posé ces questions au docteur Sami Ben Sassi, spécialiste en gynécologie et accouchement.

F.D.T : Quand parle-t-on de prématuré, de grand prématuré et d’avortement tardif en Tunisie? Quelles sont les termes?

Dr Sami Ben Sassi : Le terme d’accouchement prématuré est réservé pour des bébés nés avant 37 semaines d’aménorrhée (SA). On parle de grand prématuré lorsque le bébé nait entre 28 et 32 semaines d’aménorrhée. Les prématurés extrêmes naissent avant 28 SA.

Le terme d’avortement est généralement utilisé avant 22 SA ou pour un poids inférieur à  500 gr.

F.D.T : En Tunisie, quelle est la procédure appliquée dans les hôpitaux publics pour sauver un bébé né prématurément ? A-t-on une obligation de moyen ou de résultat dans ces cas ?

Dr S.B.S : La réanimation des prématurés se fait normalement comme pour tous les bébés et bien sûr selon les moyens dont on dispose. Les prématurés sont pris en charge en salle de naissance par un pédiatre et transférés en néonatologie si la maternité dispose d’un service de néonatologie dans le même hôpital. Dans les hôpitaux périphériques qui n’en disposent jamais, ils seront transférés vers un hôpital qui en dispose.

La prématurité-particulièrement la grande prématurité-comporte plusieurs risques de complications pulmonaires et cérébrales, cécité, infection etc. Ceci étant, il est à rappeler que les services de néonatologie s’investissent avec les moyens dont ils disposent.

F.D.T : Médicalement, y-a-t-il une période de temps au-delà de laquelle, la réanimation et/ou le maintien en vie devient impossible et qu’il faut abandonner le patient à son sort ?

Dr S.B.S : En cas d’accouchement prématuré, le bébé est pris en charge par l’équipe de néonatologie idéalement avertie avant l’extraction fœtale quand on en dispose. Celle-ci procède alors à une réanimation pour une durée de 20 minutes, au-delà de laquelle elle est arrêtée. Elle est d’autant plus difficile que le score de vitalité du bébé est bas et que la prématurité est importante. A noter que Pour les grands prématurés, les recommandations sont de 10 minutes de réanimation.

F.D.T : Si le bébé/fœtus décède, quelles sont les responsabilités de chacun ? Les médecins sont-ils formés pour annoncer les décès ?

Dr S.B.S : La responsabilité du décès dépend de la cause. C’est très vaste et il est compliqué de statuer. Dans le cas de figure de la résidente de l’affaire en cours, il n’y aurait pas eu de faute. Le bébé né avec un très mauvais score de vitalité aurait été réanimé pendant 20 minutes et n’a pas récupéré.

Concernant l’annonce de décès et plus généralement celles de maladies lourdes, il n’ya pas de cours dispensés aux étudiants dans les facultés de médecine tunisiennes. Dans les pays développés, l’annonce et les explications se font dans un cadre calme en présence d’un psychologue. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas en Tunisie.

D’ailleurs cette histoire de bébé délivré dans un carton est plausible. Il n’y a pas encore de réceptacles prévus pour ces cas en Tunisie, chose à améliorer pour le respect de la dignité humaine.

F.D.T : Quand un résident se retrouve seul face à ce genre de cas, quel est le rôle du médecin sénior supposé de garde ?

Dr S.B.S : Dans ce cas de figure le senior se doit bien sûr d’assister le résident si celui se trouve dépassé, comme ca se passe dans les hôpitaux universitaires du monde. Mais il devra alors être sur place, ce qui n’est pas toujours le cas.

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?