On sait tous que le sujet de la « virginité » en Tunisie représente un tabou pour certains, que la majorité des filles de nos jours  subissent une pression énorme de la part de leur entourage ou leurs familles pour préserver ce soit disant « cadeau précieux ». Mais soyons honnêtes on est au 21ème siècle, les femmes cherchent l’indépendance et l’autonomie plus que tout.

Je vais parler en mon propre nom, pour exprimer mon désarroi  face aux jugements et opinions que je trouve personnellement fâcheux venant de personnes vivant dans un pays qui vise la prospérité et la démocratie.

Je ne vais pas m’attarder à parler de la virginité car à mon avis c’est une chose qu’on a dû dépasser depuis bien longtemps. Je vais donc évoquer un point plus approfondi dans ce contexte qui est l’avortement en Tunisie  en vous parlant de ma propre expérience.

Je suis étudiante et j’ai 24 ans aujourd’hui. J’ai connu un mec à l’âge de 18 ans  (avec qui je ne suis plus actuellement et laissez moi vous dire que c’est tant mieux d’ailleurs). On a vécu une relation de 5 ans. Je ne vais pas vous mentir en vous disant que je n’étais pas heureuse avec lui, mais au bout de quelques années on apprend à découvrir le vrai visage des gens même ceux qu’on considérait comme « exceptionnels ».  A l’âge de 21 ans et après une relation de 2 ans et quelques mois  on a eu notre premier rapport sexuel, en étant convaincue bien sûr.  Tout se passait à merveille jusqu’au jour où j’ai constaté un retard de règles de 9 jours. Je passais mes examens à cette période là et je me suis d’abord dit que c’était dû au stress.

Ayant un baccalauréat en sciences expérimentales, je pense avoir quelques prérequis pour interpréter ce genre d’événement … Au lendemain de mes examens j’ai franchi le cap.

Je me rappelle comme si c’était hier, à 9h du matin je me suis précipitée vers un laboratoire d’analyse pas loin de chez moi, accompagnée d’une de mes amies pour faire un test de grossesse sanguin. On devait attendre 2h pour avoir les résultats et je peux vous dire que ça a été les deux heures les plus longues de ma vie.

 A la remise des résultats, une femme voilée aussi gentille qu’elle soit m’a tendu le papier en me félicitant avec son sourire qui en disait long sur ce qu’elle pensait. Je me suis retenue de paniquer devant elle  pour ne pas lui donner raison de continuer à me juger.

En sortant du laboratoire, j’ai tout de suite appelé mon copain, de l’époque, pour le tenir au courant de la nouvelle. Il faut dire qu’il a tenu à me soutenir jusqu’au bout… C’est normal à l’époque on était « fous amoureux » …

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J’ai ensuite appelé ma gynéco qui m’a rassurée et m’a demandé de la rejoindre directement à son cabinet. J’y suis allée et après une échographie elle a fixé un rendez-vous pour un curetage après 6 jours …

Je n’ai jamais fait d’opérations de ma vie, donc essayez d’imaginer ma crainte en sachant que j’allais être sous anesthésie générale et m’allonger sur une table dans un bloc opératoire.

J’ai passé une semaine lamentable avec des douleurs et beaucoup d’inquiétude, surtout vis-à-vis de ma famille et en particulier de mon père. J’ai eu bien évidemment le soutien de mes amis mais je n’avais qu’un seul objectif en tête  » être forte et surmonter cette épreuve et en faire un simple souvenir « .

 Le jour J venu, je me suis rendue à la clinique à 7h du matin, à jeun en ayant la peur de croiser quelqu’un de la famille. Ma gynécologue, qui m’a rejointe dans une chambre, m’a rassuré et m’a dit que c’était une opération qui allait durer 30 minutes au maximum et que je  n’avais pas de raisons d’avoir peur.

 Et en effet l’opération s’est bien déroulée, je suis rentrée chez moi après un repos d’une heure. J’ai pris des médicaments pour les douleurs postopératoires.

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Un mois plus tard, comme certains d’entre vous l’ont surement deviné, mon  » tendre copain » m’a quittée, pas étonnant, à mon avis, vu la mentalité des hommes et surtout des hommes de notre pays.

Apparemment les choses allaient très vite pour lui. Mon corps a subi des changements, j’ai perdu quelque chose, j’ai paniqué vis-à-vis de mon entourage et mon état de santé futur, j’ai souffert de douleurs et ironie du sort c’était lui qui prenait la fuite.

 A vrai dire je ne l’ai pas mal pris, j’ai été déçue certes, mais j’ai appris à considérer certaines choses comme éphémères. Après quelques mois, il a fini  par regretter son choix  et on s’est remis ensemble puis m’a quitté pour une autre (je vais me passer de vous donner les détails).

Je ne témoigne pas aujourd’hui pour vous parler du déroulement de l’acte en lui-même. Je voulais vous parler de mon expérience et vous dire que certes c’était une erreur mais pour moi c’est un fait tout juste banal que chaque femme est susceptible de vivre un jour. Il faut juste savoir comment prendre les choses et les affronter en toute confiance.  J’avais 21 ans, mais c’est la chose qui m’a endurcie le plus. Dès lors, j’ai appris à faire plus attention et je suis devenue plus forte et confiante. Aujourd’hui je sors avec un mec avec qui je suis plus qu’heureuse et toute cette histoire est derrière moi …

Je m’adresse à certaines filles qui considèrent l’avortement comme un acte grave, je vous rassure il n’y a pas de plus normal, l’erreur est humaine mais en apprendre est primordial. Si on est pas prêt à avoir des enfants, pourquoi s’infliger tout un désastre familial ou encore une vie à laquelle on n’est pas encore prêtes. On est des femmes on doit être fortes.

Pour finir, laissez-moi vous dire de ne  jamais faire en sorte que votre bonheur dépende de qui que ce soit. Personnellement j’assume totalement ce qui m’est arrivé, je ne regrette point … Apprenez à  imposer  le respect et être maîtresses de vos destin. C’est grâce à cet esprit que la mentalité évoluera un jour, ne laissez pas votre entourage ou les préjugés vous influencer ou faire changer votre chemin ou principes .  Votre vie et votre bonheur sont entre vos mains.

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?