« Cela fait maintenant deux mois que mon fils est parti faire le Djihad en Syrie. Mourad vient d’avoir 19 ans et pour la première fois, on n’a pas pu fêter son anniversaire ensemble.

Il est tout ce qu’il me reste,  j’ai perdu mon mari quand il était encore petit. Je l’ai élevé comme j’ai pu, en jouant le rôle de papa et de maman. Il a beaucoup souffert de l’absence de son père, des moqueries qu’il subissait par ses camarades à l’école primaire, ils le surnommaient l’orphelin.

Très jeune il était tourné vers l’Islam. Je me souviens qu’il apprenait pas cœur les versets et s’amusaient beaucoup à ma les réciter le soir.

 

        En grandissant il a commencé à faire la prière lorsqu’il le pouvait, ça lui donnait le sentiment qu’il se rapprochait de son père. C’était un adolescent comme les autres, il avait des amis, des copines…il aimait faire la fête. Je l’ai même surpris quelques fois alors qu’il transportait des bières dans son sac à dos !

Après le bac il a commencé des études de lettres à la Manouba . Il s’est fait de nouveaux amis, des jeunes qui avaient participé à la révolution et s’insurgeaient contre tous ceux qui attaquaient l’Islam. Quand ils venaient travailler leurs cours à la maison et qu’ils discutaient de ça, je n’y voyais aucun mal. Au contraire, j’étais fière de voir cette jeunesse attachée à la culture musulmane, à nos traditions.

Du jour au lendemain, Mourad est devenu un vrai pratiquant. Il allait à la mosquée de Ben Arous avec ses amis faire la prière du soir. Quand il rentrait tard je le sentais agité, dans ses yeux brillaient une lueur que je ne connaissais pas. Je savais qu’il me cachait quelque chose, mais lorsque je l’interrogeais sur ce qu’il faisait à la mosquée il refusait de m’en parler, il me disait juste que je ne devais pas m’inquiéter.

 

        Les jours passaient et sa barbe poussait. Je sentais que mon fils m’échappait, on avait toujours tout partagé. Un soir, alors qu’il était parti prier à la mosquée, je suis rentrée dans sa chambre pour trouver quelque chose qui m’aiderait à comprendre. Dans un de ses tiroirs, bien cachés, j’ai découvert des tracts qui dénigraient le gouvernement syrien, accusant Bachar el Assad d’être un ennemi de l’Islam.

Puis, en dessous, un faux passeport. C’était bien la photo d’identité de Mourad mais les renseignements étaient faux.

Quant il est rentré je lui ai demandé des explications, mais il s’est énervé et m’a dit je ne comprendrai pas. C’était la dernière fois que je l’ai vu car le lendemain il n’est pas rentré à la maison après la fac et ses affaires avaient disparues.

J’ai appelé ses amis mais ils n’ont rien voulu me dire. Je les ai supplié de m’indiquer ou était mon fils, je suis même allée un soir devant la mosquée de Ben Arous en espérant l’y trouver, sans résultat. 

C’est en voyant les informations et les témoignages d’autres mères que j’ai compris que mon fils était parti combattre en Syrie. Un prédicateur libyen l’aurait enrôlé pour faire le djihad en Syrie, avec beaucoup d’autres jeunes tunisiens. Après des semaines de lavage de cerveau, ils partent d’abord en Turquie pour s’entraîner puis une fois prêts, s’envolent vers la Syrie.

 

     Depuis qu’il est parti je l’ai à peine eu 2 fois au téléphone, j’ai beau avoir essayé de le convaincre de revenir, c’est comme s’il n’entendait plus rien.

 

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?