Si le talent et la chance suffisaient à se faire un nom et à briller dans le monde des médias, il n’y aurait plus qu’à faire la bonne rencontre pour se voir donner l’opportunité de présenter le 50ème anniversaire des Journées Cinématographiques de Carthage. Mehdi Kattou a les deux. Mais c’est surtout sa passion et sa persévérance qui sont sa marque de fabrique. Les médias, cela fait presque 15 ans qu’il les côtoie. Pourtant il a à peine 33 ans. Il est de ces « slachgen* » qui disent rarement non. Alors quand je l’appelle pour l’interview portrait, Mehdi propose carrément de passer chez nous à la rédac. Eh oui, en plus d’être papa, architecte, animateur, producteur et passionné de sport, il est surtout gentleman. Portrait.

RTCI, ou la radio pour passion, l’architecture pour métier

« Les médias, c’est génial tant qu’on n’en fait pas un gagne-pain », lui disait son père, juriste de formation et correspondant à RFI par passion. Un conseil que le jeune homme suit à moitié. Quand l’occasion se présente de faire de la radio, Mehdi Kattou a tout juste 18 ans. « Accompagnant mon père invité à RTCI, je discutais avec un monsieur devant la porte du studio. En sortant, il dit à mon père : celui-là, il faut qu’il vienne travailler à la radio. C’était Kamel Chérif, directeur de la chaîne inter à l’époque. » La bonne étoile a voulu que Mehdi mette les pieds très tôt dans un studio de diffusion.

Le premier direct, il le fait grâce à feu Adel Mothere, qui le prend par la main et le fait entrer au studi

Deux mois durant, Kattou observe et apprend les ficelles du métier tous les jours aux côtés des plus grands. Le premier direct, il le fait grâce à feu Adel Mothere, qui le prend par la main et le fait entrer au studio. Un duplex sportif vécu comme grand moment par le jeune bachelier.   « Au début c’était le sport. Mais à RTCI on fait tout : culture, sport, etc. », m’explique-t-il.

Car c’est à Radio Tunis Chaîne Internationale que Mehdi Kattou apprend les ficelles du métier, les techniques, les outils, le ton, etc. « Je n’ai pas fait l’école de journalisme, mais j’ai eu la chance de côtoyer des mastodontes de la radio. Ils avaient tous des profils très différents. Habib Belaid, Hedi Hamdi, Kerim Ben Amor, Adel Mothere, etc. »

Mais attention, pas de confusion avec les études universitaires, la carrière. Si Mehdi Kattou côtoie les studios à ses heures perdues, l’architecture reste sa grande passion. Si bien que le baccalauréat en poche, les études architecturales suivent automatiquement. « Je pense que j’avais les prédispositions pour faire de l’architecture mon métier. J’étais convaincu par ce corps de métier et je le suis toujours », me dit Mehdi, sûr de lui.

Pour autant, il n’abandonne pas l’animation. L’étudiant enchaîne matinale radiophonique de 6 à 9 à Lafayette et cours à l’Enau (Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme) en journée. Parfois, c’était un rendu ou un jury. « Je courais pour arriver à l’heure. Certains professeurs m’écoutaient en route vers l’école », raconte-il en rigolant.

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Crédit photo: Aya Chriki

 

La télé arrive

Ceux qui connaissent Mehdi Kattou ont l’impression qu’il a fait de la télé depuis toujours. Mais la première expérience télé du jeune homme ne date que de 2009. Après son cursus universitaire, le jeune architecte continue de faire de la radio. « Certains vont au foot ou au café, moi j’allais à la radio. La télé est venue plus tard, lorsqu’un samedi soir Ridha Bouguezzi -directeur de RTCI à l’époque- m’appelle et m’entraîne à un entretien chez Nessma Tv ».

Chez les frères Karoui, à Radès, on lui demande de commenter une rencontre d’Olympique de Marseille. Ce jour-là, il y a Samir Sellimi, Moez Sinaoui et Nabil Karoui. Le jeune homme impressionne. Et Nabil Karoui lui demande de démarrer le direct le lendemain.

Mehdi a du culot, de la fougue et de la maîtrise. Il assure son direct et est pris chez Nessma pour commenter et analyser les matchs.

 Les week-end j’étais à la télé, la semaine en atelier d’architecture. La radio en parallèle comme toujours. J’étais un passionné de foot. Je travaillais mes rendus télé et radio les soirs.

La télé, il n’y a jamais pensé de la sorte, mais il se laisse embarquer. Mehdi aime les challenges, l’adrénaline, les confrontations, les débats, les défis. Surtout celui d’assurer les deux carrières… voire les trois. « Les week-end j’étais à la télé, la semaine en atelier d’architecture. La radio en parallèle comme toujours. J’étais un passionné de foot. Je travaillais mes rendus télé et radio les soirs. »

Dans tout ça, s’il préfère la télé ou la radio ?  Il répond sans hésitation « Je m’éclate plus à la radio. La télé, c’est beaucoup plus carré et mécanique. Ça laisse moins de place à l’improvisation. »

De chroniqueur sportif à journaliste politique

Certains diraient : mais comment passe-t-on du sport à la politique ? C’est un non-sens. La politique depuis quand alors ? Mehdi me répond : « Depuis toujours. » Chez les Kattou, ce sont les nuits blanches pour suivre les élections américaines, ce sont les débats autour de la classe politique française, mais aussi toutes les infos sur la politique tunisienne dans ses deux versions, occultée et apparente. Alors, quand au lendemain de la révolution les médias tunisiens se mettent à la politique, Mehdi est aux premières loges. Son premier plateau politique, il l’organise sur Nessma TV avec Abdi Briki et Mustapha Ben Jaafer pour invités. Deux ans de course effrénée à l’analyse politique, jusqu’au jour où Chokri Belaid est assassiné : 6 février 2013, c’est le coup de frein. Mehdi Kattou est sous le choc. Il commente les funérailles aux côtés de Sofiane Ben Hamida, puis démissionne. Pendant quelques mois, il arrêtera radio et télé.

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Crédit Photo: Aya Chriki

 

Un bouquin n’arrive jamais seul

Pendant les quelques mois qui suivent le décès de Chokri Belaid, Mehdi prend du recul. Il n’est affilié à aucun média. Il noircit des pages, en plus de celles déjà noircies au fil des jours depuis décembre 2010. En octobre 2013 sort son premier essai politique : « Chroniques d’une révolution avortée ». Jeune et osé, lui dis-je. « Peut-être. J’ai sorti ce livre en moins d’un mois. Ce n’est pas une lecture politico-économique. C’est juste une expression très personnelle et subjective d’une personne animée par une colère et un patriotisme exacerbé. J’ai donc mis tout cela noir sur blanc, agrémenté d’une vision. Et je peux vous dire qu’avec du recul et 3 années plus tard, j’ai eu la preuve que n’avais pas tout-à-fait tort. Mon avis n’a pas changé, que ce soit sur Marzouki, Nida Tounes ou Nahdha et Mustapha Ben Jaafer. »

Des projets sont en cours, une collaboration politique et une œuvre qui se place dans la catégorie du personnel sentimental. Quant aux médias et après la sortie de son livre, il reprendra vite les sièges des plateaux télé et radio, en signant avec Express FM et en faisant un passage par Talvza TV, La Wataniya et Télévision 9.

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Mehdi Kattou workaholic ? Pour beaucoup c’est le cas. Alors comment est sa journée type ?   « Cette année, j’ai occulté la télé. Mais ma journée démarre très tôt, avec les visites de chantier, le bureau, la réunion de coordination avec l’équipe du cabinet. Je suis à la radio pour le 12-14. A l’heure où les gens vont déjeuner, moi je vais à la radio. Ensuite, c’est deux  heures de sport quotidiennes. Tout le travail de conception architecturale, je le fais le soir lorsque je rentre, au calme. »

Et le temps pour la famille alors ? « Je suis un père célibataire. Avant, c’était un peu plus compliqué. Mais aujourd’hui, quand j’ai mes filles avec moi, je suis à 100% avec elles et pour elles. Je leur consacre un temps non pollué avec le stress du boulot. »

Si on a du respect pour n’importe quelle profession, on ne peut se permettre le luxe d’être blasé. J’ai toujours le trac. J’aime ce stress moteur et cette montée d’adrénaline.

Avec un père qui se consacre autant à sa carrière, est-il possible qu’elles suivent ses traces ? « Je pense qu’elles auront juste à suivre leur cœur. Moi j’essaie de leur transmettre certaines valeurs : le respect, la générosité, la méritocratie, etc. Et je suis agréablement surpris par leur capacité à adhérer à ces valeurs.  Il n’y pas de manuel du bon papa. J’essaie de faire de mon mieux et je suis fier d’elles. »

Touchant, Mehdi Kattou, lorsqu’il se dévoile un peu. Avec un côté personnel, humain, plus accessible, il ne manquerait plus que de savoir qu’il a toujours le trac lorsque la lumière rouge est allumée : « Si on a du respect pour n’importe quelle profession, on ne peut se permettre le luxe d’être blasé. J’ai toujours le trac. J’aime ce stress moteur et cette montée d’adrénaline. » Ouf ! Ça nous rassure.

* expression qui concerne la nouvelle génération qui cumule plusieurs jobs

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