Jwebi est peut être l’idée qui va révolutionner le transfert de courriers et de colis à travers le monde. La nouvelle plateforme collaborative a été pensée par Asma Ben Jemaa et son associé. D’ailleurs, elle y travaille à plein temps depuis bientôt un an, et s’occupe de tout l’aspect business et marketing du projet. Le projet devrait bientôt être lancé officiellement. Pour en savoir d’avantage sur cette manière insolite et pratique d’envois de colis, Femmes de Tunisie a rencontré Asma Ben Jemaa. Interview.

Femmes de Tunisie : Qui se cache derrière le projet Jwebi ?

Asma Ben Jemaa : Mon associé et moi-même. Mon associé a aussi vécu en Tunisie avant de partir finir ses études en France. Il est ingénieur en informatique et a travaillé chez Capgémini avant d’intégrer une grande boite française où il occupe le poste de directeur technique. Il travaille sur Jwebi les soirs et les week-ends. Lui gère principalement l’aspect technique.

Quant à moi, après avoir fait mes études à l’IHEC où j’ai obtenu ma maitrise, je me suis envolée pour la France pour terminer mon master à l’EM Lyon Business School. Avant de créer Jwebi, j’étais cadre marketing en France et aux États-Unis.

F.D.T : Présentez-nous ce projet. En quoi consiste Jwebi ?

A.B.J : Jwebi est une plateforme collaborative qui met en relation des voyageurs ayant de l’espace dans leurs valises, avec des particuliers souhaitant envoyer des colis ou acheter un bien à l’étranger. Avec ce système, tout le monde est gagnant : l’expéditeur paye moins cher son envoi et connait la date d’arrivée de son colis, et le voyageur rend service tout en rentabilisant ses frais de voyage.

Comme toute plateforme collaborative, la confiance est l’élément clé. Nous avons donc mis en place une série de mesures qui permettra à nos utilisateurs de veiller au bon déroulement des opérations. Tout d’abord, tous les profils des utilisateurs seront vérifiés à travers la validation des adresses emails, des numéros de téléphone et des comptes sur les réseaux sociaux. Il y a aussi un système de notations et de commentaires, et les jwebers seront invités à noter et commenter toutes leurs transactions sur le site. Lors du lancement du site, seuls les petits objets tels que les lettres, vêtements et clés pourront être transportés. Si un Jweber souhaite recevoir un téléphone par exemple, charge au voyageur de l’acheter pour lui. 

Enfin, nous recommandons de ne transporter que les objets non emballés et de vérifier le contenu des colis et des lettres.

Envoyer des papiers urgents ou acheter le tout dernier iPhone moins cher à l’étranger deviendra un jeu d’enfant avec Jwebi.

F.D.T : Comment l’idée de vous lancer dans une startup technologique vous est-elle venue?

A.B.J : J’ai toujours eu un réel intérêt pour les startups et pour les innovations technologiques. Même si je ne suis pas de formation technique, j’ai toujours suivi de très près ce qui se passait dans le monde des startups. Je suis ainsi ce que les Anglo-saxons appellent une « tech-savvy », j’adore tester de nouvelles technologies, et partager ces nouveautés avec mon entourage.

D’ailleurs, j’ai tendance à vouloir utiliser les nouveaux services même quand ils n’ont pas encore fait leur preuve auprès du grand public. Je suis d’ailleurs une grande fan de Airbnb, Uber ou Drivy depuis longtemps. Je trouve ces nouveaux business extrêmement intéressants aussi bien d’un point de vue business et techno, que d’un point de vue humain.

F.D.T :  D’un point de vue conceptuel, la portée de ce projet est globale. Quelles sont réellement tes ambitions à court terme, et à quelle zone géographique comptes-tu déployer ce service au départ ?

A.B.J : Effectivement, à plus long terme, nous avons des ambitions internationales, mais nous savons que Rome ne s’est pas faite en un jour. Nous allons donc commencer par des marchés que nous connaissons et que nous aimons beaucoup : L’Afrique (la Tunisie et le Maghreb en tête) et la France.

Nous avons la chance de créer un projet qui parle beaucoup aux Tunisiens, mais aussi aux Maghrébins et aux Africains en règle générale. L’envoi et la réception de colis de/vers ces pays est improbable, difficile et souvent hors de prix. Nous souhaitons faciliter la vie à ces communautés, et démocratiser un service souvent inaccessible.

En Tunisie, comme dans tous les pays d’Afrique, l’entraide est une valeur forte, et on le voit tous les jours grâce à ces millions de voyageurs qui chaque année, se portent volontaires pour transporter des papiers urgents ou même des cadeaux pour la famille pendant leur voyage. Nous proposons aujourd’hui de faciliter et de professionnaliser ces échanges.

F.D.T : Tu ne crains pas le syndrome Daily Motion : se lancer le premier puis se faire dévorer par le même concept 1 an plus tard sur un gros marché, notemment américain ?

A.B.J : Je pense que tous les entrepreneurs ont peur de ce syndrome, même si je crois que dans notre cas, une concurrence étrangère est bénéfique puisqu’elle permet de démocratiser l’idée ailleurs et faire tirer le marché vers le haut. Par ailleurs, nous sommes réalistes et savons que les clients choisiront la meilleure plateforme et celle qui répond au mieux à leurs besoins. Nous travaillons d’arrache-pied pour créer une plateforme qui le soit, et restons à l’écoute du marché et de nos clients.

F.D.T : Combien êtes-vous dans l’équipe ?

A.B.J : Nous sommes pour l’instant deux dans l’équipe, mais nous sommes accompagnés par 4 personnes : deux développeurs, une avocate et une attachée de presse (NDLR Emna Ben Jemaa). L’équipe est à 85% tunisienne !

Nous avons aussi été accompagnés par l’ATUGE dans le cadre du concours Atventure dont nous avons été lauréats en 2014. Enfin, nous sommes en incubation chez Paris Pionnières, un incubateur de projets innovant à Paris.

F.D.T : Est-ce que vous qui êtes leader sur le projet et est-ce plus compliqué de l’être pour une femme ?

A.B.J : Oui je suis leader sur le projet. Et c’est vrai qu’il est rare de voir une femme à la tête d’une startup, aussi bien en Tunisie qu’ailleurs. L’écosystème startup est très masculin et il suffit d’assister à des meetup startups ou à des conférences startup pour s’en apercevoir.

Franchement, ça ne me pose pas de problème, au contraire, on attire l’attention et ça nous permet même de nous différencier parfois. Je tiens à dire que le fait d’être une femme ne change rien à la manière dont notre équipe travaille. Nous avons parfois une vision extrêmement différente des choses, mais c’est une richesse. Un serial entrepreneur dénommé Timothy Ferris disait que pour avoir des feedbacks, il privilégiait souvent l’avis des femmes.

F.D.T : Guy kawasaki ( NDLR Un spécialiste de l’entreprenariat et premier responsable marketing de Apple) dit la même chose à propos des femmes. C’est probablement les femmes qui font le marché.

A.B.J : J’aime beaucoup Guy Kawasaki, j’adore ses livres et ses talks. Si Guy le dit, c’est que c’est vrai

F.D.T: …

A.B.J : Plus sérieusement, je remarque qu’il y a de plus en plus de femmes entrepreneures. En France par exemple, tout est fait pour aider les femmes entrepreneurs, que ce soit en termes de financement qu’en termes d’accompagnement. Cela paie puisqu’il y a une réelle évolution du nombre de femme entrepreneure en France et de startups dirigé par des femmes. Des études montrent même que les startups avec une femme à leur tête passent plus facilement le cap des 4 ans.

Nous n’en sommes malheureusement pas encore là en Tunisie, et je pense que l’entreprenariat en général gagnerait à être encouragé.

Pour en revenir aux femmes, je pense qu’être une femme tunisienne est un réel atout. Nous avons eu la chance de grandir dans un pays où la femme entreprend et réussit, aussi bien dans sa vie privée que dans sa vie professionnelle. Cela se voit beaucoup avec les nouvelles générations. On n’en parle pas souvent en Tunisie, mais il y a des femmes entrepreneures tunisiennes extrêmement « successful ». Je pense à Arbia Smiti qui a lancé sa startup Carnet de mode en France et aux USA, et qui a réussi à lever 1 million d’euros auprès d’Elaia partners. Je pense aussi à Essma Ben Hamida, la fondatrice d’Enda inter arabe et la liste est longue.

Ces femmes me motivent et je suis vraiment admirative.

F.D.T : Le nom Jwebi a fait l’unanimité ou y’a-t-il eu d’autres propositions ? Si oui, lesquelles ?

A.B.J : Ce nom nous est venu à l’esprit rapidement. Nous avons brainstormé pendant quelques semaines avant de nous apercevoir que ce nom revenait toujours et qu’il faisait l’unanimité. Nous voulions un mot qui ait un sens en arabe (NDLR : Jwebi veut dire « mon courrier » en arabe). Il n’a pas de sens dans d’autres langues, mais pensez-vous que Tumblr ou Yahoo aient un sens ?

Le plus important pour nous était que cela puisse être prononcé en français et en anglais, et c’est le cas.

Nous l’avons testé auprès d’amis français et américains, et même si personne ne comprenait ce que ça voulait dire, ils trouvaient tous que ça sonnait bien. Certains ont même pensé que nous avions inventé le mot.

F.D.T: Comment avez-vous financé Jwebi ?

A.B.J : Nous avons investi notre épargne personnelle, et nous avons aussi reçu le soutien de notre entourage avec du love money. Ce n’est pas suffisant, car comme vous pouvez vous en douter, il y a beaucoup d’investissement à faire.  Pour aider Jwebi à se développer, nous espérons lever des fonds en 2015.

F.D.T : Femmes de Tunisie: Comptez-vous faire une campagne de crowdfunding (financement participatif) ?

A.B.J : Ça tombe bien que vous posiez cette question, car nous préparons une surprise pour les fondateurs de confundy ( NDLR : Première plateforme de crowdfunding destinée aux diasporas, fondée par des Tunisiens), stay tuned.

F.D.T: Le lancement est prévu pour quand ?

A.B.J : Nous avons lancé une première version le 1er juillet dernier que nous avons testé auprès d’un nombre réduit de personnes. Nous travaillons d’arrache- pied pour finaliser le développement de la plateforme, et nous planifions de lancer une version Beta pour mi-novembre.

Je vous invite d’ailleurs à vous connecter sur www.jwebi.com courant novembre pour découvrir Jwebi, et à suivre notre actualité sur Facebook, de belles surprises vous y attendent lors du lancement !

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