L’After des mamans & Femmes de Tunisie sont partenaires pour une rubrique spéciale maternité. Chaque semaine, une thématique sera abordée à travers un article, proposé par l’équipe de L’After des mamans.

Mariés depuis peu, mon mari et moi avions évoqué, comme une évidence, la possibilité d’avoir un enfant. Alors en pleine remise en question professionnelle, je me sentais éparpillée, d’humeur égocentrique et ne me sentais pas vraiment prête à être mère, avec tout ce que ça implique de sacrifices et de réaménagements existentiels et logistiques.

La quarantaine approchant, et me sentant en confiance dans mon couple, je me suis pourtant laissée tenter, et ai arrêté la pilule contraceptive, persuadée qu’à mon âge, la machine mettrait du temps à se remettre en route.

Et bien le temps est passé très vite, et la première fois fut la bonne. Sans transition, la nouvelle est tombée. Pas le temps de se mettre en condition, j’étais enceinte et je devenais, soudain, une future, certes, mais maman, certainement.

En sortant de chez la gynéco, un peu sonnée, j’ai jeté mon paquet de cigarettes, briquet compris, à la poubelle. Evidemment que je devais arrêter de fumer ! Sans grande surprise ni effluves sentimentales superflues, mon mari accueillit la nouvelle avec joie. Mes parents, quant à eux, ne s’en remettent toujours pas du bonheur d’être grands-parents.

Oui j’étais contente. Mais je n’arrivais pas tout à fait à me projeter, et Dieu que j’avais envie de fumer une clope ! De retour au bureau, j’annonce la nouvelle à une amie et lui taxe une cigarette au passage, ne pouvant m’empêcher d’associer le plaisir de papoter entre filles avec celui de fumer. D’autant que la nouvelle était de taille ; ça valait bien un « tawla w kresi w cigarou » !

J’étais soudain prise d’un grand ressentiment envers le père de mon futur enfant, parce que, justement, pour lui, rien n’avait changé et ne changerait probablement jamais, en tout cas, pas avant neuf mois.

Le sentiment qui s’en est suivi, et qui ne m’a plus quittée jusqu’à l’accouchement, était semblable à celui, j’imagine, qu’on ressent quand vous entrez dans une pièce complètement nu/e, et que tout le monde vous regarde bizarrement, vous prenant pour un fou/une folle, alors que vous, vous voyez tout le monde de la même manière qu’avant. Car concrètement, rien n’a changé pour vous, du moins pas encore. Et pourtant, tout le monde vous traite différemment, et se permet de vous juger et d’exprimer, à outrance, son avis sur tout, absolument tout, sans savoir de quoi il parle.

Quand j’étais petite et que je jouais à la maman avec mes copines, j’étais toujours celle qui était enceinte, équipée d’un coussin sous le T-shirt, contrairement à mes camarades qui, elles, arboraient poupons et poussettes assortis. Plus grande, je m’étais imaginée la grossesse comme un cocon qui me protégerait et dans lequel je verrais avec bonheur ma silhouette s’épanouir tandis que mon esprit, ou instinct maternel, jaillirait.

Il n’en fut rien. Mon baby-blues ne faisait que commencer. Je n’ai pas réussi à arrêter de fumer, et, n’ayant pourtant jamais été une grande buveuse, j’étais très frustrée d’être privée du verre de vin occasionnel que tout mon entourage, mari compris, s’octroyait de temps en temps, comme si de rien n’était. J’étais soudain prise d’un grand ressentiment envers le père de mon futur enfant, parce que, justement, pour lui, rien n’avait changé et ne changerait probablement jamais, en tout cas, pas avant neuf mois. La vie me parut tout à coup terriblement injuste.

Reconnaissante d’avoir une grossesse normale et plutôt facile (physiquement !), la sensation de bonheur, de joie, d’euphorie, tardait à m’envahir. N’ayant pas eu le temps, ni l’énergie, d’envisager ma reconversion professionnelle et par là de reconsidérer toute mon existence, je me sentais comme un lion en cage, incapable d’imaginer la suite.

Je me sentais bien seule, abandonnée à mon sort, pendant que mon cher époux vivait sa vie comme avant.

Et puis il y a eu la solitude. Plus de travail, peu de sorties, et donc des amis, avec qui j’ai moins de choses en commun tout à coup, qui se font rares. Je me sentais bien seule, abandonnée à mon sort, pendant que mon cher époux vivait sa vie comme avant. Alors je me suis occupée. La chambre de bébé, la valise de maternité… J’avais tout à apprendre.

De nature plutôt sensible, je m’inquiétais d’avoir du mal à m’émouvoir devant le lit de bébé quand il nous a été livré, ou les grenouillères et autres attirails qui nous ont été offerts au cours des derniers mois de grossesse. Et les cours de préparation à l’accouchement n’y ont rien fait, même si, j’avoue, j’y ai appris beaucoup de choses super utiles, y compris à mieux me connaître et à appréhender de manière sereine ce que je m’apprêtais à vivre.

A quelques jours seulement du terme, les contractions ont commencé, d’abord timidement, comme pour me laisser le temps de me mettre en condition de mère. Heureusement, à l’image de ma grossesse, l’accouchement s’est très bien passé, même si, quoi qu’on vous dise et bien que ce soit différent pour chaque femme, la douleur des contractions est inimaginable.

C’était donc lui ? Ce petit bout de personne, qui était devenu le centre de notre monde avant même d’être né, était en face de moi et on me le tendait comme si je l’avais toujours connu. Un peu fripé, aussi ébahi et désorienté que moi, j’ai tout de suite eu de la sympathie pour lui, qui avait traversé cette épreuve extraordinaire avec moi. Le lien était créé, tandis que la gynéco coupait le cordon.

L’amour est venu plus tard, graduellement, et ne cesse de grandir. Chaque jour qui passe, chaque nouvelle grimace, chaque nouveau gazouilli puis mot, puis sourire, me fascine et me fait l’aimer encore plus.

Si les femmes s’aimaient un peu plus et étaient plus indulgentes envers elles-mêmes, comme les hommes, le monde serait bien meilleur.

J’ai mis du temps à assumer le genre de mère que je suis. Le genre qui n’aime pas sa grossesse et qui n’arrive pas à arrêter de fumer. Le genre qui, parfois, les soirs de grosse fatigue, fantasme sur sa vie d’avant, quand elle ne pouvait penser qu’à elle et n’en faire qu’à sa guise, ayant pour seules boussoles ses envies et aspirations. Mais je ne regrette rien, et je suis fière de la mère que je suis devenue, grâce à lui. Une maman aimante, attentive, qui lui sourit tout le temps (sauf quand il fait des bêtises), et qui s’émerveille de son évolution, mais qui garde en elle une part de jeune femme insolente, capricieuse et ambitieuse.

Ce qui m’aura gâché ma grossesse, finalement, mais dont par miracle j’ai réussi à me débarrasser avec le placenta, c’est le sentiment de culpabilité ; l’impression de ne pas être faite ni douée pour « ça ». Je m’étais trompée. Avec du recul, je me rends compte combien j’étais dure avec moi-même et combien mes attentes étaient démesurées. Du haut de ses un an et demi, mon fils m’a déjà beaucoup appris, notamment à me détendre et à avoir confiance en moi. Si les femmes s’aimaient un peu plus et étaient plus indulgentes envers elles-mêmes, comme les hommes, le monde serait bien meilleur.

Sonia M.

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