Crédit photo : capture d’écran de la série Girls

Peu connue mais tout aussi fréquente, la crise du quart de vie est un passage psychologique vécu par de nombreuses personnes âgées entre 25 et 30 ans. Trois jeunes tunisiens l’ont vécue et nous la font partager.

Angoisse, déprime et remise en question, le passage à la vie d’adulte provoque bien des émois. Surnommée la crise des twentysomething ou encore le blues des 25 ans, elle survient souvent entre la fin des études et le début de la vie professionnelle. En effet, cette phase représente une prise de conscience pour les jeunes adultes qui se voient pour la première fois, confrontés à la réalité de la vie. Le plus souvent déçus par leurs débuts professionnels, ils remettent en question leurs choix d’études et leurs rêves. Certains d’entre eux ne se sentent pas prêts à rompre avec leur vie estudiantine. Il s’ensuit ainsi une période de déprime, de doute, d’incertitude et de quête de soi.

Cependant, les jeunes femmes ne vivent pas exactement cette crise de la même manière que les hommes. Pression sociale oblige, elles sont plus souvent sujettes à des angoisses supplémentaires liées à leur vie affective.

Trois Tunisiens, 2 jeunes femmes et 1 jeune homme, ont accepté de nous raconter ces années de transition. Voici leurs histoires :

Héla, 26 ans

« Quand j’étais petite, je pensais qu’à 25 ans, j’aurai mon propre appartement, un super boulot bien payé et que je serai bien sûr en couple avec l’homme de mes rêves. La réalité est tout autre !

Je vis toujours chez mes parents, je travaille pour un web magazine et mon salaire ne me permet même pas de louer un petit appartement. Toujours sous l’autorité de mon père, je n’ai ni le droit de veiller tard, ni de sortir comme bon me semble. Sans parler d’inviter des ami(e)s chez moi et encore moins, d’y amener un garçon. Et avouons-le, avec les regards indiscrets, la mauvaise foi des flics et la mentalité moyenâgeuse de notre société, ce n’est pas très évident d’être en couple en Tunisie. Je ne connais pas le sentiment d’indépendance.

Je pourrais bien chercher un travail mieux payé et un appartement, mais  comment ?  Avant de trouver ce petit boulot, je suis restée un an au chômage pendant lequel j’ai envoyé des tas de CV et aucune entreprise n’a pris la peine de me répondre. Rien ! J’ai beau m’accrocher à mon boulot actuel, il est clair que je ne vais pas y passer ma vie.

J’ai l’impression d’étouffer de tous les côtés et d’être là, à attendre que les choses s’améliorent.  Je suis devenue dépressive et clairement, une angoissée de la vie. Donc la crise des 25 ans, je suis en plein dedans. »

Sadek, 28 ans

« Pour être honnête, j’ignorais qu’on appelait ça une crise des 25 ans. Je pensais que j’étais simplement un enfant gâté qui avait peur de grandir. Ça avait commencé à la fin de mes études de commerce.  J’avais même réussi à avoir mon master avec mention. 

La logique aurait été que je bosse dans une banque ou un truc du genre. La réalité est que je me suis retrouvé à servir dans un restaurant. C’était bien payé et cela m’aidait à garder ma routine habituelle. Cafés, soirées entre amis et boulot (au lieu de la fac), j’avais trouvé le moyen parfait de faire durer mon insouciance de jeunesse. Sauf que j’ai commencé à boire et pas qu’un peu. Sans vouloir l’admettre, mon avenir m’effrayait et je n’étais pas satisfait de la tournure des événements.

Je me suis alors mis à chercher un boulot dans mon domaine sauf que j’ai été vite découragé par les entreprises que j’avais contactées. Pas un semblant de réponse de leur part ! J’ai décidé de fuir à nouveau. Je suis parti bosser avec un ami qui vivait à Djerba et qui était animateur dans un hôtel. Et je buvais toujours autant au point de me retrouver souvent à 6h du matin endormi au bord de la plage. Un jour, mon père a eu un accident et là, ce fut le déclic ! Il fallait que je reprenne ma vie en main. 

Je suis donc retourné à Tunis afin de m’occuper de ma famille pendant la convalescence de mon père et j’ai tout fait pour trouver du travail dans une banque. Aujourd’hui, j’ai un bon poste et j’arrive à profiter de ma vie comme je le souhaite. L’expérience reste effarante mais surmontable. Finalement, cela a du bon de grandir ! »

Amina, 27 ans

« Ma crise des 25 ans, je l’ai vécue lors de mon premier boulot dans un cabinet d’architecture. J’ai réussi à obtenir ce travail grâce à mes activités associatives. Ça a été clairement une descente aux enfers pour moi, la vraie désillusion. Mal payée, exploitée et surmenée, j’étais à bout. Je n’étais pas appréciée à ma juste valeur puisqu’il fallait que je suive les ordres et c’est tout ! Après 9 mois, j’ai fini par quitter ce travail.

J’ai passé des mois à déprimer dans mon lit et à tout remettre en question. J’ai pensé à changer de domaine. J’ai donc trouvé un poste de community manager dans une petite agence de communication. Un poste que j’ai quitté au bout d’un moment car je ne me sentais pas dans mon élément dans ce milieu inédit pour moi. J’ai alors essayé de voyager autant que possible grâce à des petits boulots. C’était une sorte d’échappatoire à la dure réalité de la vie.

Un jour, une amie m’a demandé de l’aider à décorer sa future boutique, chose que j’ai faite. Et depuis cette expérience, je n’ai qu’une seule idée en tête : créer ma propre entreprise. La peur est toujours omniprésente mais bizarrement, j’ai foi en ce projet et je retrouve de la passion dans ma vie. Je crois que c’est le fait d’avoir de l’espoir et un objectif qui change tout.»

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?