Salambô d’hier et d’aujourd’hui

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carthage-2 Salambô, île d’Hamilcar et héroïne de Flaubert, gît au fond de ma mémoire, comme l’Amoureuse perdue qui a défié la déesse Tanit. C’est sous ces augures romanesques et sanglants que commence la balade dans la Salambô d’aujourd’hui, petite ville paisible seulement distraite par quelques bus de touristes.

Les racines puniques de la Carthage antique trouvent encore le moyen de m’émouvoir lors de la première visite au sanctuaire du Tophet. Dans ce lieu où les palmiers et autres végétaux emplissent l’espace, quelques stèles, disséminées dans deux terrains de surface restreinte, ne semblent pas rappeler l’ampleur et l’importance exactes du sanctuaire et des sacrifices qui y étaient offerts. Sanglants ou non, les sacrifices constituaient un acte essentiel de la vie religieuse punique. Les urnes d’enfants offerts au Dieu Baal ou à la déesse Tanit me laissent songeuse. Ces sacrifices ont eu lieu pendant sept siècles. Les cendres de 20.000 enfants seraient enfouies au Tophet. Je ressors du lieu avec des images de stèles imitant de petits temples et de décoration symbolique au disque solaire coiffé du croissant de lune renversé et au signe de Tanit.

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Port de Salambo par une belle fin d’après-midi
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Vue sur le Boukornine depuis le port de Salambô

Quittant le Tophet rêveuse, je gagne les ports puniques qui ont perdu leur faste d’antan. Ce ne sont plus que deux bassins au contour incertain, port de commerce de forme rectangulaire, port militaire de forme nettement circulaire, au centre une petite île qui du temps des Romains abritait un phare et un temple. Désormais, un antiquarium aménagé sur l’île laisse découvrir des maquettes et une restitution de cale sèche punique. Les lieux, même s’ils ont perdu de leur majesté ancestrale, conservent un charme que les peintres et photographes ressentent les premiers. La lumière unique de la Tunisie se reflétant sur la surface calme de l’eau des bassins apporte une impression de quiétude qui calme bien des promeneurs. Je cède à la poésie des lieux et lorsque je lève les yeux vers la colline, la Cathédrale St Louis semble me saluer. La magie du lieu opère.

« Ah ! pauvre Carthage ! lamentable ville ! Tu n’as plus pour te défendre les hommes forts d’autrefois, qui allaient au-delà des océans bâtir des temples sur les rivages. Tous les pays travaillaient autour de toi, et les plaines de la mer, labourées par tes rames, balançaient tes moissons. »

Salammbô, Flaubert

Non loin des ports puniques, un musée océanographique a vu le jour en 1924. Sa visite s’impose pour tous les amateurs de mer et de poissons, mais aussi pour les scolaires. Cette découverte est avant tout pédagogique et didactique. Les collections du musée sont présentées dans onze salles chacune dédiée à un aspect de la Tunisie marine.

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Au Tophet dans un souterrain, multiples stèles en l’honneur des dieux Tanit et Baal Hammon Symboles présents sculptés en vreux
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Tophet: stèle votive avec le signe de la déesse Tanit proéminent au-dessus l’arc de cercle de Baal Hammon

 

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?