Kais et moi étions mariés depuis plusieurs mois quand nous avons commencé les essais bébé. Notre couple était parfait, nous avions chacun un bon poste et il ne nous manquait qu’un enfant, fruit de notre amour, pour couronner notre bonheur. Le jour où j’ai eu un retard, je me rappelle avoir acheté un test de grossesse le soir et attendu le lendemain matin au réveil pour le faire, comme c’était indiqué sur la notice. D’ailleurs, ce soir là, j’ai eu du mal à m’endormir et j’ai prié de toutes mes forces que le test soit positif. Quand je me suis réveillée, j’ai filé tout droit dans ma salle de bain et fait le fameux test. Les minutes passaient et me semblaient une éternité jusqu’à ce que je découvre les deux lignes : le test était positif ! Je me suis alors précipitée pour réveiller Kais et lui annoncer la bonne nouvelle et nous avons décidé de n’en parler à personne jusqu’à ce que je fasse la première échographie.

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Mon rendez-vous chez le gynéco s’est parfaitement déroulé. Le docteur m’a confirmé la grossesse et m’a même remis une première photo de cet embryon que j’aimais déjà. C’est fou d’ailleurs à quel point je me suis attachée à cet être minuscule alors que je n’étais enceinte que de 3 semaines ! Bien évidemment, j’ai dû subir une série d’analyses et de prises de sang à refaire chaque mois afin de suivre l’évolution du bébé. Entre temps, Kais et mois avions commencé à nous projeter et à concevoir notre vie avec ce bébé. Comme chaque futur parent, chacun avait ses préférences quant au sexe : je voulais une fille pour la complicité mère-fille, lui, un garçon pour qu’il puisse l’initier à sa passion, le foot. On a alors décidé d’annoncer la nouvelle à la famille à même pas 2 mois de grossesse alors que je savais qu’il est d’usage d’attendre le 3ème mois. De toutes les manières, je n’ai jamais été superstitieuse. Alors pourquoi l’être à ce moment heureux de ma vie ? Je me souviens des larmes de bonheur de ma mère et de ma belle-mère qui mourraient d’envie de devenir mamies comme leurs copines.

Ma grossesse se passait très bien. À part quelques nausées matinales et des épisodes de somnolence durant la journée, je n’ai pas trop changé ma façon de vivre. Je faisais attention à ce que je mangeais car j’avais peur pour mon bébé mais je ne me rappelle pas avoir fait des caprices ou eu des envies folles de femme enceinte. Toutefois, les hormones me jouaient parfois de mauvais tours et il m’arrivait d’être de mauvaise humeur surtout qu’il y avait des tensions au bureau. En effet, je ne m’entendais plus très bien avec mes supérieurs qui ont vu d’un mauvais œil le fait que je sois enceinte. D’ailleurs, j’ai dû démissionner car je voulais vivre une grossesse sereine loin du stress et des tensions.

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Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai entendu battre le cœur du bébé. Je n’ai d’ailleurs pas pu retenir mes larmes tellement j’étais émue. Ce jour là, le gynéco nous a annoncé le sexe du bébé : un garçon ! Mon mari était aux anges, et moi aussi, je dois l’avouer. Nous avons tout de suite préparé une liste de prénoms qu’on a soumis au vote et finalement, on a opté pour Aziz. Un prénom que tout le monde a commencé à utiliser en parlant de ce bébé tant attendu. Ma belle-mère a même commencé à lui acheter des affaires malgré les superstitions car je n’étais enceinte que de 4 mois ! En effet, chez nous, il faut attendre le 7ème mois de grossesse avant de commencer à aménager la chambre de l’enfant et d’acheter les vêtements, mais nous étions tellement impatients que nous ne voulions pas y penser.

Toutefois, il y avait une petite ombre au tableau. Mon ventre ne s’arrondissait pas au fur et à mesure que la grossesse avançait mais mon gynéco se montrait rassurant et confiant. « Vous êtes toute mince, c’est normal ! Chaque femme est différente », me disait-il à chaque consultation. En patiente modèle, je faisais confiance à mon médecin jusqu’au jour où je suis allée le voir car je partais en voyage la semaine suivante et que je voulais avoir ses conseils par rapport au voyage en avion. A l’échographie, j’ai bien senti que quelque chose n’allait pas car il avait changé d’expression. Il m’a même demandé de faire une échographie morphologique le plus tôt possible avant le voyage. J’ai alors pris rendez-vous le lendemain à la première heure chez le médecin échographiste. Un jour que je n’oublierai jamais ! Je n’oublierai jamais le visage de cette dame quand elle nous a annoncé que notre bébé, notre Aziz, était complètement malformé et donc non viable à la naissance…Elle nous a même conseillé d’interrompre la grossesse car cela ne servirait à rien de la mener à terme. Ce jour là, j’ai cru que le monde s’écroulait autour de moi, j’ignore d’ailleurs comment j’ai pu me trainer jusqu’à la voiture. Kais ne voulait pas pleurer pour ne pas me démoraliser davantage, mais je sentais sa peine et sa douleur. On a appelé nos parents pour leur annoncer la mauvaise nouvelle et ma mère a même cru à une mauvaise blague.

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Retour chez mon gynéco qui m’a expliqué la procédure à suivre pour interrompre la grossesse et m’a prévenu que cela risquait d’être long et douloureux ; long, oui, car j’ai eu des contractions durant tout le weekend, douloureux ; non, ou du moins pas physiquement, car c’est mon cœur qui avait mal et qui souffrait. Je regardais mon ventre et je me détestais ! Je détestais ce corps qui était incapable de nous donner un bébé normal et je me détestais car je n’ai pas été à la hauteur d’une mission à la portée de toute femme. J’attendais d’avorter ! Je haïssais désormais ce bébé que j’ai aimé de tout mon être et je voulais m’en débarrasser. Et le lundi qui a suivi ce long weekend, j’entrais en salle d’accouchement. J’entendais des cris de bébés venus au monde alors que moi, j’allais donner la mort. Et finalement, j’ai accouché d’un bébé mort à 5 mois de grossesse et je pensais naïvement qu’en me débarrassant de lui, j’allais abréger mes souffrances. Mais cette histoire date déjà de 2 ans et je n’ai jamais arrêté de penser à lui. Chaque jour qui passe, je pense à Aziz et au frère qu’il aurait été. Car aujourd’hui, j’ai un petit garçon qui a donné un sens à notre vie, Kais et moi. Je n’arrêterai jamais de penser à Aziz…

PS : J’ai entre temps changé de gynéco !

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