La rupture amicale, une expression qui semble ne pas avoir de sens. Et pourtant, de nombreuses personnes sont passées par cette étape difficile qu’est la rupture amicale. Différente de celle amoureuse, cette rupture de liens présente aussi ses séquelles et son lot de douleur. C’est bien simple, la blessure est parfois si profonde, qu’on parle de « chagrin d’amitié ».

Et si les personnes qui l’ont vécue ont du mal à en faire le deuil, même des années plus tard, c’est que l’amitié-contrairement à l’amour- est sacralisée et trop idéalisée par certains…ou plutôt certaines. Car une chose est sure, la rupture d’amitié concerne beaucoup plus les femmes que les hommes. Ces derniers ne s’engouffrant pas souvent dans des rapports fusionnels ou de domination.

Un des classiques de la rupture amicale, reste le cas de l’amitié toxique. Amina en parle aisément aujourd’hui, même si elle avoue avoir passé 2 ans pour faire son deuil : « Je pensais que Nadia me voulait du bien. J’ai toujours accepté ses conseils et ses remarques constantes. Peut être parce que lorsqu’on s’est connus au lycée, nous étions ‘égales’. Elle voyait bien que je ne l’enviais pas, que je n’étais pas dans la fascination, alors que c’était le cas de plusieurs autres de ses ‘amies ‘. Mais petit à petit que notre amitié se développait et devenait plus fusionnelle, elle commençait à devenir envahissante…voir blessante. Elle voulait que je suive ses conseils sur comment m’habiller, comment parler en public, quel petit ami choisir etc. Quand je ne suivais pas ses conseils, j’avais droit à toutes les remarques blessantes. Au début, j’ai commencé à faire mes choix seule, en cachette. Je mettais cette robe qu’elle détestait lorsque je ne la voyais pas. Je parlais à cette fille lorsque Nadia n’était pas dans les parages. Et le clou, c’était lorsque j’ai rencontré cet homme-devenu mon mari depuis- et qu’elle n’arrêtait pas de critiquer et de rabaisser. Je me suis retrouvée à le voir en cachette. C’est là que j’ai réalisé que ça allait très loin. Je n’étais « plus heureuse dans mon amitié ». J’ai fait le choix de m’éclipser petit à petit. De ne plus être cette amie hyper présente. J’ai esquivé toutes les questions de Nadia sur mon éloignement. Et le temps a fait son effet. Au bout d’un an, nous n’étions plus « meilleures amies », mais plutôt « simples amies ». Le processus m’a beaucoup fait mal. C’était dur de s’éloigner de la personne qui a été notre confidente pendant près de 10 ans. Aujourd’hui, je ne regrette pas d’avoir pris cette décision…surtout lorsque je pense que j’aurais pu passer à côté de l’homme de ma vie. »

Lorsque l’amie est plutôt un « faire-valoir »

Amitié toxique, ou jalousie, ou rapport de domination…pour de nombreuses femmes, il est toujours question d’un rapport où les rôles ne sont pas équilibrés. Il n’est donc pas rare de croiser des amitiés qui reposent sur la notion de « faire-valoir ».

C’est le cas de Leila qui a vu sa relation amicale voler en éclats le jour où celle-ci a décidé d’être plus ambitieuse. « Selima était toujours la plus belle et la plus brillante au lycée. Tout le monde voulait intégrer son cercle amical et tous les garçons la draguaient. Pour la jeune fille timide que j’étais, je me sentais privilégiée d’être une amie très proche. Mais ce n’était pas par hasard. Nos parents étaient de proches amis et de ce fait, ils voulaient que nous soyons amies dès l’enfance. Petite et lorsqu’on passait nos vacances ensemble, j’étais toujours celle qui « l’accompagnait » dans ses délires. C’était elle qui proposait et moi qui suivais. On n’allait que là où elle voulait. On ne parlait qu’aux personnes qu’elle choisissait. On ne discutait que des choses qui la concernaient. Il n’était jamais question de mon ressenti. Quand un garçon s’intéressait à moi, elle faisait tout pour le dénigrer pour que je reprenne rapidement mon rôle d’ « accompagnatrice ». Je la maquillais avant de sortir, je la raccompagnais lorsqu’elle était trop soule, je la prenais en photos dans les soirées, je mettais en exécution ses plans machiavéliques pour séduire un jeune homme…Bref, je vivais dans l’ombre et je ne me rendais même pas compte. Pire encore, j’appréciais cela. Mais tout a changé le jour où j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieur et où j’ai été prise dans une grande multinationale avec un salaire alléchant. Le hasard faisant bien les choses, et une psychanalyse aidant,  j’ai rencontré Mehdi dans la foulée. Un jeune homme cultivé, beau, respectueux et travaillant dans la même boîte que moi. Très rapidement  l’attitude de Selima a changé. Elle a commencé à solliciter ma présence pour « lui rendre des services » de plus en plus souvent. Elle m’appelait à des heures improbables, me demandant de venir lui tenir compagnie car elle se sentait anxieuse. Elle faisait surtout cela lorsqu’elle savait que j’étais de sortie avec Mehdi. Et lorsque je lui disais que cela pouvait attendre, elle me raccrochait au nez en me traitant de « traîtresse ». La situation commençait à m’exaspérer. Mais je ne voulais pas blesser Selima. Je l’aimais vraiment et je croyais en cette amitié qui durait depuis l’enfance. Alors je ne répondais plus qu’une fois sur deux. Je me suis surprise à éviter ses passages à la maison. Nos rares sorties tournaient toujours autour du même sujet: « Mehdi qui prenait sa place ». Et nos disputes se faisaient de plus en plus fréquentes. Jusqu’au jour où elle m’a posé un ultimatum : c’était elle ou Mehdi. Pour moi, il était devenu évident que notre amitié n’en était pas réellement une. Et après plus de vingt ans de «vie commune », j’ai décidé de tirer un trait sur cette amitié. Depuis, je n’ai plus eu de meilleure amie, mais j’ai aujourd’hui pas mal de bons amis qui sont là au besoin. Notre relation n’est pas fusionnelle et je m’en rends compte, elle n’est probablement pas éternelle non plus. »

 

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?